Gaz de schiste : Les bijoux de la Castafiore

Il y a tout dans Tintin. Hergé avait vu Loppsi2 avec ses Romanichels dans Les Bijoux de la Castafiore ainsi que le problème des décharges et enfouissements de déchets tous azimuts. C’est dans les premières pages de cet album. Mais le tout début pourrait aussi décrire notre situation prochaine si l’exploitation du gaz de schiste prend son essor en France (et en Europe, n’oublions pas les autres pays).

Pour saluer le message de François Veillerette, Vice-Président du Conseil régional de Picardie, nous informant que ce dernier a décidé de «s’opposer fermement à l’exploration et à l’exploitation des gisements de gaz et pétroles de schiste sur son territoire», je vous livre ici un extrait de la première planche des Pinderleots de l’Castafiore (pinderleots : bijoux), en version picard tournaisien, avec des coupures pour ne garder que l’essentiel. Je comprends bien que le picard de ce côté-ci de la frontière est différent du picard de la région de Tournai (juste de l’autre côté de la frontière du Nord, Province du Hainaut, Wallonie, Belgique). Mais mon autre source est du Wallon de Nivelles, ce qui est trés éloigné du picard. Enfin, je pense que nous devons être solidaires dans ce combat, que nous soyons alsaciens ou basques, bretons ou catalans, wallons ou picards et donc pourquoi pas du picard tournaisien pour les picards français :

— Capitaine Haddock : Ah ! l’printemps ! (…) Les pitchouiques des p’tits moucheons ! … Les gringottes !… Et c’beon sintimint de l’tierre fraique ! (…) Si on pourreot mettre c’n’air pur in boutelles, on l’buvreot à glouglou !…
— Tintin : In fait d’beon sintimint, c’est pos l’muguet qu’on sint ichi !… (…)
— Capitaine Haddock : Bé ! rien d’étonnant !… On est tout près de l’roque dusqu’on vient répinte tous les fiens d’rue du canteon !… queulle naque !…
Ej’ veux l’diape !… I d’a qui-eont l’air d’ête rattirés par ceulle peste !… Ch’est à n’pos croire !…
(…)
I s’plais’tent dins c’pinaque, ces agozils !… Queulle affaire !…

Serons-nous «ces agozils» («ces zouaves-là») qui se plairont à vivre «dins c’pinaque» (dans ce bazar puant), près de ces «fiens» (fumier, déchets), riverains des sites d’exploitation du gaz de schiste avec leurs bassins d’évaporation des eaux toxiques, leurs réservoirs à gaz et leurs forages qui fuient ?

La phrase «Si on pourreot mettre c’n’air pur in boutelles, on l’buvreot à glouglou !…» prend pour nous un double sens :

  1. Rien de mieux pour s’empoisonner directement que de boire (respirer) cet air de gaz de schiste à glouglou
  2. Oui, il nous faudra non seulement de l’eau en bouteille car la nôtre sera toxique, mais aussi de l’air en bouteille car la pollution due au gaz de schiste fait de l’air un poison mortel.

Cette situation est déjà là aux USA. Plus de détails sur les pollutions dues à l’extraction du gaz de schiste dans mon compte-rendu : Le film Gasland.

En effet, si nous nous laissons faire, nous serons comme ces «baraqueus» de l’album («Romanichels») qui n’ont pas le choix de leur environnement : «l’infect champ d’épandage» de «détritus, résidus et fonds de poubelle de la région». «Queulle naque !» («quelle odeur !»).

On est bien content de savoir que le Conseil régional de Picardie est déterminé à défendre ses «agozils» pour qu’ils ne se retrouvent pas «dins c’pinaque». Merci de comprendre que dans le contexte, «agozils» est ma façon humoristique de dire les «habitants». Il ne faut pas prendre ce mot au pied de la lettre. Mais les compagnies d’hydrocarbures nous prennent pour des «agozils» à proprement parler, c’est-à-dire des «rustres» que l’on peut berner ou des «malotrus» et «tristes sires» qui ne sont pas dignes de vivre.

Voici l’original du dialogue entre Haddock et Tintin qui ouvre Les Bijoux de la Castafiore :

— Capitaine Haddock : Ah ! le printemps ! (…) Les gazouillis des oiseaux ! … Les fleurs des bois !… Et ces parfums !…Cette bonne odeur d’humus ! (…) cet air si fin, si léger, si pétillant qu’on a envie de le boire …
— Tintin : À vrai dire, comme parfum, ceci ne ressemble pas précisément à celui du muguet !… (…)
— Capitaine Haddock : Ah ! mais voilà : nous côtoyons cet infect champ d’épandage où l’on déverse tous les détritus, résidus et fonds de poubelles de la région !
Et, ma parole ! il y a des gens qui semblent attirés par cette puanteur ! C’est incroyable !…
(…)
Aucun sens de l’hygiène ces zouaves-là !… Inouï !…

Je garde en réserve la version de ces cours extraits en wallon de Nivelles (dans la province du Brabant wallon) Les Berlokes del Castafiore au cas où. Si le Brabant est menacé par les gaziers et ne se défend pas, nous traiterons ces gens-là d’ «Albrans» («vauriens», «garnements», traduction de «zouaves» en wallon de Nivelles, l’un des mots doux du Capitaine Haddock).

Si vous pouvez nous traduire ces passages en Occitan, ce sera bienvenu.

Je songe aussi à préparer la traduction de ces extraits en Esperanto pour que toute l’humanité puisse se sentir concernée. J’aurai sans doute besoin d’aide ou d’un bon délai car je suis au milieu de mon apprentissage.


Sources :

  • Hergé, Les Pinderleots de l’Castafiore, Les avintures de Tintin, traduction et lexique de Julien Jardez (picard tournaisien), Casterman, 1980. Julien Jardez était le Président le la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.
  • Hergé, Les Berlokes del Castafiore, Les avintur’ dè Tintin, Casterman, 2005. (Avec lexique. Les traducteurs ne sont pas nommés).
  • Hergé, Les Bijoux de la Castafiore, in L’Œuvre intégrale de Hergé, vol. 10, intr. Benoît Peters, Rombaldi, 1986.

PS : je ne parle pas du tout le picard, vous pouvez répondre dans cette langue mais ayez la gentillesse de traduire ou de fournir un lexique ou d’utiliser des expressions qui existent dans Les Pinderleots de l’Castafiore.

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